Les Rougemériens

Les Rougemériens constituent une ancienne peuplade maritime qui vit sur les bords de la Mer Rouge depuis des siècles. Au même titre que les Unakisii, ils se sont toujours tenu à l’écart de la civilisation, mais ils ont été intégrés à l’Empire d’Asten contrairement aux Unakisii et ont fait de la région d’Astareth la plus riche grâce à leur implication dans la Compagnie d’Astareth.

Origine

Née sur les bords de la Mer Rouge, cette culture pré-impériale est restée isolée très longtemps. Constituée de mariniers et de pêcheurs, les Rougemériens s’appelaient anciennement les Olikotes. Lors de l’expansion de l’Empire et l’annexion complète de la région d’Astareth (actuelle Aodissia), les impériaux sont tombés sur les Olikotes et leur ont imposé de s’intégrer à l’empire. Les Olikotes n’avait que faire de l’intégrer, mais ne voyaient pas ce que leur coûtait de le faire, contrairement à ce qui leur aurait coûté de ne pas le faire. Comme ils ne pouvaient pas fuir au risque de perdre tout ce qui faisait d’eux des Olikotes (la culture marine), et qu’ils ne pouvaient pas combattre non plus au risque d’être anéanti, ils acceptèrent de subir le joug impérial d’Asten.

Si éloigné du centre du pouvoir et si isolé culturellement, la gouvernance de l’Empire se révéla finalement assez lâche et la culture olikote perdura sans vraiment être bouleversée. Quand les Olikotes, soumis à l’économie impériale, se rendirent compte que les produits de la pêche était prisés par les « terriens », les plus hardis d’entre eux commencèrent à en faire le commerce. Si les Olikotes établirent eux-même les lignes commerciales par voies maritimes et fluviales, ils n’avaient ni les compétences ni les moyens logistique permettant de distribuer leurs produit par voie terrestre. Atteindre par voie fluviale des territoires voisins faisaient faire trop de détour pour être rentable. Ils durent donc trouver des partenaires impériaux et de cette association naquit la Compagnie d’Astareth.

À cette époque de la construction impériale, la Compagnie fit connaître ses produit sur toute la moitié nord de la région. C’est à ce moment que les Okilotes furent surnommés les Rougemériens et cette désignation, plus facile à retenir pour les impériaux d’Astareth, resta. Grâce à l’expansion de la Compagnie, les Rougemériens se déployèrent sur toute la côte, se diversifiant tant dans les produits que dans les services. Ils parvinrent notamment à vendre des services de transports, tant de fret que de passagers. Leurs moyens grandissant, ils commencèrent à tracer de nouvelles routes commerciales vers le cœur de l’Empire. Ils furent à l’origine de la création de nombreux comptoirs sur les côtes nord du continent et le long des fleuves jusqu’à Astendar où ils réussirent à s’établir et à s’imposer de par la qualité de leurs services.

La culture rougemérienne, quant à elle, ne quitta pas le giron de la côte ouest d’Astareth. Si quelques Olikotes parmi les plus audacieux, furent à la tête de la Compagnie d’Astareth des siècles durant, s’efforçant de maintenir le siège de la Compagnie dans la région, elle comportait des marchands et des ouvriers de tout horizon. Les Rougemériens purs souches se contentèrent de rester les principaux fournisseurs de la Compagnie en produits de la mer, ou les principaux équipages des navires de commerce. Le sang et la culture olikote disparurent en tant que tels. « Rougemérien » devint une sorte de marque de fabrique pour certaines productions et certains services de la Compagnie d’Astareth jusqu’à la chute de l’Empire. Avant que celle-ci survienne, la Compagnie fut largement gênée par les activités pirates des Issaliens auxquelles l’Empire n’a jamais pu faire face efficacement. Cette opposition poussa la Compagnie à se diversifier dans l’armement pour équiper ses navires et pouvoir se défendre eux-mêmes contre les Issaliens qui les concurrençaient largement sur l’eau.

La Compagnie permit à la région d’Astareth de survivre à la chute d’Asten. Mais elle disparut rapidement à cause de l’effondrement de son économie. Les Rougemériens se sont alors recentrés sur leur propre survie et dans leur région d’origine, exploitant les ressources maritimes pour leurs propres besoins. Lorsqu’Aodissia fut formée, les Aodis entreprirent de se rapprocher des Rougemériens pour négocier leurs talents et leurs produit dans la reconstruction de la civilisation. Comme ils refusèrent, les Aodis n’insistèrent pas. Aodissia, la capitale, fut fondée à l’extrême limite du territoire rougemérien, et Iluvianis, à l’intérieur des terres, à la même latitude.

Après Uyadan, les Aodis Iluvia et Sockar vinrent soutenir les Rougemériens. Ceux-ci, reconnaissants, commencèrent alors à avoir des rapports amicaux avec le reste d’Aodissia. Finalement, une grande partie des Rougemériens acceptèrent l’invitation de Sockar à développer la Guilde des Pêcheurs depuis Sockaris ce qui divisa leur implantations entre leur région d’origine, où ils commercent avec Aodissia et Illuvianis, et Sockaris où ils ont fait de cette cité le plus grand port de pêche du royaume. L’implantation des Rougemériens à Sockaris n’a pas été sans heurt avec les Oraorinii dont l’inimitié semble avoir traversé Uyadan et dont l’opposition n’est pas sans susciter quelques conflits dans l’estuaire du Gorgebleue.

Religion

Les Olikotes ou Rougemériens sont particulièrement superstitieux. Ils ont toujours vu l’océan comme une sorte d’entité dont l’humeur peut parfois leur coûter la vie, et il le respecte en tant que force de la nature. Avec l’arrivée des Disciples d’Aod qui détruisirent l’Empire, les Rougemériens ont admis que l’océan pouvait être une force consciente. Finalement, après Uyadan, ils ont adopté une partie du culte d’Aod comme leur en donnant à l’océan le nom de Normot, le Disciple d’Aod qui a engendré Sockar. Les rites des Rougemériens ne se sont formalisés qu’à partir de ce moment, empruntant les croyances du cultes d’Aod.

Tout ce qui va sur l’eau, esquif, coquille de noix, barque, barge, bateau de pêche, etc. est un temple à la gloire de Normot, et les Rougemériens ont beaucoup de respect pour n’importe lequel des bâtiments nautiques sur lesquels ils embarquent. Leur maîtrise de la navigation a été ritualisée au point que tout ce que font les marins Rougemériens participe à la bonne fortune des embarcations. Contrairement aux fidèles de l’église d’Aod, les Rougemériens ne mènent aucun office à terre, attendu que c’est de naviguer qui en est un. Cette croyance s’est répandue sur les dernières générations de Rougemériens à tel point que prendre la mer est devenu, pour la plupart d’entre eux, un acte religieux.

L’éducation des Rougemériens suit largement cette dévotion marine, et aujourd’hui, un capitaine de navire rougemérien n’est pas uniquement le dirigeant de l’équipage d’une embarcation, il est aussi l’officier religieux. Il est acquis qu’on ne peut plus être capitaine d’un navire si l’on ne possède pas le don de la magie divine et cette connexion avec Normot indispensable à la bonne fortune d’un bâtiment.

Us et coutume

La tradition marine des Olikotes est séculaire. Tout Olikote fille ou garçon doit naître en mer et est baigné dans la mer dès sa sortie du ventre de sa mère. Durant les heures de gloire de la Compagnie d’Astareth dont les membres olikotes étaient dispersés dans tout l’empire, la naissance sur une rivière ou un plan d’eau était tolérée, mais la naissance à terre à toujours été un mauvais signe. On utilisait volontiers le terme de « terrien » pour désigner un enfant olikote né à terre, ce qui était non seulement insultant, mais également une raison pour ne jamais l’embarquer sur quelque navire que ce soit. La faute à un trop grand nombre d’incident parfois dramatique après avoir convoyé sur l’eau un « terrien », sans doute. S’il n’est pas interdit pour les Rougemériens de vivre dans les terres, les futures mères prévoient toujours de se rapprocher des côtés ou d’un plan d’eau quelconque pour pouvoir accoucher sur un bateau. Les « terriens » quant à eux, relativement rares du fait du respect presque vital de cette coutume, ont une chance de se purifier du sort. Ils peuvent, à tout moment de leur existence, passer 9 mois ininterrompus en mer avec un « témoin ». S’il n’y a eu aucun incident durant ces 9 mois et si à aucun moment, il n’a touché terre, il est reconnu comme purifié. En cas d’échec il peut recommencer, mais il lui sera d’autant plus difficile de trouver une embarcation et/ou un témoin.

Les Rougemériens attribuent toujours un malheur en mer à un ou des terriens s’il y en a à bord à ce moment. Ils ont d’ailleurs toujours la crainte d’en embarquer un sans savoir. Ils sont mêmes à ce point convaincus par ce seul motif d’incident que si un malheur arrive, c’est qu’il y a parmi eux un terrien même si ce n’est pas le cas, créant alors un climat de méfiance tel que l’équipage devra probablement être dissous. Lorsque la Compagnie d’Astareth faisait du transport de passagers, les Olikotes rejetèrent la responsabilité de cette activités vers les impériaux par superstition. Si l’expérience des Olikotes permit à la Compagnie d’Astareth de devenir si respectée et puissante, ce ne fut pas tant par le travail qu’ils faisaient eux-mêmes vu qu’ils craignaient d’embarquer des terriens, mais parce qu’ils la transmirent à des membres moins superstitieux de la société. Les Rougemériens d’Aodissia sont encore plus vivement impactés par ces croyances que chacun de leur navire est un temple sacré. De fait, ils se refusent à toute activité de transport de passagers.

Certains Rougemériens ont plus ou moins réussi à se détacher de cette culture pour embrasser la culture aodissienne. Ils vouent généralement un fort respect au sous-culte de Normot, mais ont abandonné la superstition et emploient leur expérience marine à d’autres services. C’est sur eux qu’a reposé le développement du transport fluvial d’Aodissia, du moins dans sa partie nord, car la concurrence avec les Oraorinii sur le Gorgebleue est parfois trop rude pour ces marins relativement pacifiques et honnêtes qui voient d’un très mauvais œil les anciennes pratiques pirates des Issaliens, qui sont athées en plus d’avoir une sale réputation de nécromages.

La tradition marine des Rougemériens constitue le fer de lance de leur éducation. Filles et garçons sont éduqués sur des bateaux dès leur plus jeune âge. De plus en plus, les Rougemériens acceptent que leur progéniture reçoivent l’enseignement de l’école, mais rares sont les Rougemériens adultes qui ne reviennent pas servir dans la marine côtière ou fluviale. La cellule familiale rougemérienne est monogame et ne s’implante que rarement à terre. Ils ont ce qu’ils appellent un port d’attache et dispose parfois d’une maison, mais cet habitat est le plus souvent inoccupé. Le Rougemérien moyen détient toutes ses possessions dans un coffre ou une malle et vit sur un bateau en toute circonstance ou presque.

Même sous le joug impérial, les Olikotes puis les Rougemériens se sont toujours débrouillés avec un codex de loi extrêmement simple. Les crimes graves, comme le meurtre, entraînent le « bannissement vers le lointain ». On construit une barque et on donne un jour de vivre au coupable. Il doit naviguer sans retour vers l’ouest. Considéré comme « mort », il n’a plus d’existence pour la communauté et la communauté craint les « morts » et s’efforce de les détruire par tous les moyens possibles si jamais il leur prend de revenir. Les crimes moins sévères sont punis par l’emprisonnement à terre. Les crimes sont jugés par un ou plusieurs capitaines de navire selon le cas.

Organisation sociale

La société rougemérienne est coupée en deux. D’un côté, on a les Sockarisii qui vivent selon les lois aodissiennes même s’ils s’efforcent de conserver leur religion et leurs traditions marines, et de l’autre, il y a les Rougemériens installés dans divers villages côtier de la Rouge Mer. Ces derniers jouissent d’une certaine autonomie. Ils commercent avec la Capitale et Iluvianis, mais vivent selon leurs lois et coutumes. Le port d’attache d’une communauté rougemérienne est contrôlé par la capitainerie qui regroupe l’ensemble des capitaines de la flotte d’attache. À ce titre tout bateau ayant un capitaine, même les plus petites barques, est représenté. En cas de votes, le capitaine a autant de voix que d’hommes d’équipages. Les Rougemériens ont rarement à prendre des décisions marquantes pour leur port et comme tous les capitaines sont rarement présents à terre, certaines décisions peuvent être bloquées. À partir du moment où la capitainerie dispose d’un quorum de voix supérieur à la moitié des voix, elle peut prendre une décision impactant la communauté. Les communautés rougemérienne comptent rarement plus de 40 ou 50 capitaines pour une représentations de 400 à 500 voix.

L’autorité est ensuite appliquée par chaque capitaine à son navire. Ce que les membres d’un équipage font au sol ne les concerne pas. Comme la société rougemérienne vit davantage sur ses navires qu’à terre, la capitainerie n’intervient vraiment qu’en cas de gros problème. À ce titre, les capitaines d’équipages assez nombreux désignent généralement un service d’ordre qui leur est propre. Les services d’ordre des navires à quai sont donc censés intervenir en cas de rixe ou de crime pour arrêter les coupables. Mais les rougemériens préférant laver le linge sale en famille, un équipage couvre généralement les membres qui commettent des fautes graves pour les soumettre à l’autorité de leur capitaine.

Dans l’ensemble, cette manière de gérer la société peut sembler anarchique, mais le fait est que la culture rougemérienne est assez respectueuse de son prochain, peu portée sur le matérialisme étant donné le dénuement quasi-perpétuel dans lequel ils vivent, les Rougemériens sont peu tentés par le vol. Quant au meurtre, le plus souvent passionnel et pratiquement jamais à des fins politiques, il est imprévisible et admis comme une faiblesse de la nature humaine.

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