Réalités et Néant

Des érudits et des chercheurs de tout poil, habitants sédentaires ou explorateurs de l’Omnivers, ont découvert certaines choses sur sa construction. Comme elle sont insuffisamment étayées scientifiquement, leurs théories sont essentiellement bâties sur une interprétation magique, en ce sens qu’elle est aussi plausible que ses fondements sont inexplicables. Ce qui suit n’a pas pour vertu d’expliquer clairement de quoi est fait l’Omnivers mais pourquoi l’on distingue clairement certaines notions, les plus essentielles étant les Réalités et le Néant.

Ce qu’est une Réalité ?

Notez déjà qu’on dit « une » Réalité et non « la » Réalité, attendu que dans l’Omnivers, il y en a plusieurs.

Une Réalité est un ensemble de « sédiments planaires » entremêlés formant un cadre matériel et éventuellement spirituel, propice à l’écoulement du temps. La plupart des intellectuels de l’Omnivers considère le temps comme une composante indispensable à toute Réalité, un point contestable selon une minorité. Pour autant, cette définition a le mérite d’expliquer la notion de mouvement et d’évolution indispensable à l’observation. En effet, si le temps n’existaient pas, tout serait figé et rien n’évoluerait et même la possibilité de s’en rendre compte n’existerait pas. Le seule constat de l’existence met en exergue l’idée que la réalité n’est perceptible que parce qu’elle est en mouvement perpétuel et que le mouvement est une résultante de l’effet du temps sur le matériel et le spirituel.

La notion de sédiments planaires n’est pas forcément aisée à maîtriser et n’est pas acceptée par tous. C’est une théorie qui va très loin dans l’interprétation de la nature d’une Réalité. Cette théorie, même si elle explique ce que sont le plan matériel et le plan spirituel et comment ils interagissent, ne donne toutefois pas de clés précises pour comprendre leur nature. Selon cette théorie, chaque sédiment planaire existe dans une dimension spécifique dans laquelle un ensemble de lois sont définis. La combinaison des sédiments planaires formerait un nouvel ensemble plus ou moins homogène dont les lois interagissent entre elles, donnant naissance à une Réalité donnée.

Découlant de cette théorie (ou l’ignorant vertement), la plupart des peuples qui ont connaissance de la forme de magie appelée Magie Naturelle, interprètent leur environnement par la seule interaction de deux « plans » qui sont le plan matériel et le plan spirituel dont les interactions forme la vie consciente et un certain nombre d’exceptions que sont la vie purement matérielle et la vie purement spirituelle. Par ailleurs, le plan matériel, contenant la matière physique de la Réalité, et le plan spirituel, la « matière » spirituelle d’icelle, seraient tout deux soumis à un ensemble variable de lois fixant les limites des interactions possibles entre les deux plans et au sein de ces plans.

Bien que rien n’explique vraiment comment ces Réalités se sont formées, certaines d’entre elles ont pu être explorée au-delà de leurs limites, ce qui conduit généralement à deux issues : une autre Réalité ou le Néant.

Le multivers

La notion d’univers s’arrête à celle d’une Réalité. Or, il a été étudié le fait que les Réalités sont parfois de taille réduite et qu’elles ont des limites franchissables. L’on sait que l’on a atteint une autre Réalité que lorsque l’on se rend compte de lois et d’interactions relativement différentes entre les constituant de cette nouvelle Réalité. Le fait de pouvoir ainsi parcourir plusieurs Réalités introduit la notion de multivers.

Généralement décrit comme un ensemble de plusieurs Réalités se côtoyant et, même parfois, interagissant, le multivers est, par définition, doté d’une limite absolue. Hélas, cette limite est beaucoup plus difficile à cerner que celle séparant une Réalité d’une autre. Ce qui rend l’Omnivers autrement plus singulier qu’un simple multivers est une notion qui en est par nature exclue : le Néant. Les érudits prétendent que le non-réel possède une « existence » ou, tout du moins, une représentation ou une incarnation, capable de s’insinuer dans le réel.

Parce qu’il peut, dans une certaine mesure, être perçu par l’absence de ce qui forme la perception, le non-réel est désigné sous le vocable de Néant. Sa nature est l’absence de nature, sa texture, l’absence de texture et sa présence, l’absence. La sémantique qui permet de parler des Réalités, des univers, donc du multivers, est incapable d’exprimer clairement cette notion qui échappe à toute définition. Mais telles sont les limites du multivers et telle est la nature de l’Omnivers, la somme de tout ce qui est et de tout ce qui n’est pas.

Le Néant

Le langage est impuissant à décrire ce qui ne peut être décrit du fait de sa non-existence. En parler est une hérésie de la pensée. Pourtant, des êtres vivants arpentant les Réalités ont été témoins de cette non-existence et n’ont pas plus de mots ou de capacités intellectuelles pour la concevoir. D’expliquer ce qu’est le Néant par la négation de tout qui est est un bon point de départ. Cela ne suffit toutefois pas à comprendre de quoi il est question.

Les philosophes se plaisent à dire que le Néant est absolu. En tant que tel, il ne peut être cerné en aucune manière que ce soit matériellement, intellectuellement ou même métaphysiquement. Ce que l’on observe, quand on observe le Néant ne serait rien d’autre qu’une forme de vide. Pourtant, la certitude du non-être accompagne cette observation et la rend terrifiante. Intuitivement, les vivants comprennent le Néant tout en étant incapable d’élaborer la moindre explication rationnelle expliquant son phénomène ou sa vérité.

Dans l’Omnivers, des êtres se sont convaincus du fondement du Néant, l’acceptant comme une part essentielle de l’Omnivers et, en quelque sorte, le pendant naturel de toute Réalité. Le fait est qu’on peut, à de nombreux endroits de l’Omnivers où les vivants peuvent se déplacer, arriver à une frontière d’une Réalité dessinée par le Néant. Comme l’on peut s’y attendre, tout ce qui passe cette frontière cesse d’exister. Si l’on est tenté de croire qu’il existe quelque chose par-delà le Néant, que ce n’est qu’une forme d’illusion cosmique cachant la vérité de l‘Omnivers, personne n’est jamais revenu du non être pour en témoigner. Car cesser d’être n’est pas la même chose que mourir. C’est une disparition si complète et radicale que la mort est préférable à tout point de vue. Le Néant et les croyances qui l’entourent sont à ce point la négation de tout qu’ils remettent en question la notion même de croyances et de puissance divine. Dans ces conditions qui nient toute vie après la mort et toute pérennité à l’existence mortelle, le Néant est assurément l’ennemi de tout ce qui est.

 

Partagez